Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

mardi 19 septembre 2017

ll y a le silence


Silence, pas de bruit, pas de souffle
Rien
ll y a le silence,
Le silence du coeur, de la vie et de l'âme
Celui qu'on s'impose et celui qui s'impose
De lui même ou pas
Ca va de soi ou pas
Ca va de lui.
Elle dit :
"Tait toi", "ne dis plus rien" "je ne veux rien entendre". Se taire
Chut, chute, dans le grand vide, dans l'abime du silence
"Elle dit encore :
"Silence"'
Le silence fait sens à l'absence ou l'absence fait sens au silence, il en est la cause, l'origine, la réponse,
l'absence sans le silence n'a pas de sens, mais elle n'est pas le silence, comme il n'est pas l'absence.
Le silence est intérieur, intime, il est en soi, il est là, partout où nous allons, partout où nous vivons, partout où nous voulons, partout où nous le voulons, partout où nous le convoquons.
Au milieu du bruit et des tumultes.
Aussi, surtout, il faut.
Le silence est singulier ; il n'appartient qu'à ceux qui savent l'entendre.
Elle dit
"Je veux goûter le silence"
c'est une gourmandise, un plat de choix un mets d'exception, une délicatesse infinie, précieuse et rare
c'est un joyaux hors de prix et de portée. Un luxe à offrir, à s'offrir
Cadeau.
Mais
Elle dit :
"Je ne supporte plus ce silence, je ne veux plus entendre cette absence"
Elle dit :
"Le silence me tue, je n'en peux plus, je n'en veux plus"
Elle dit :
"Je meurs d'être seule"
Silence, mort, mourir.
Le silence l'abasourdit, le silence est le manque, le manque de l'absence et de celui qui lui manque
Le silence c'est ça aussi
Ou pas ?
Alors le silence maudit car il n'y a pas de mots dits, donnés, offerts, il n'y a pas de bruit, pas de bruissement pas de présence, pas l'ombre ni le souffle de l'absence
Le silence étouffe et enveloppe
Elle dit
Je suis le silence.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

dimanche 10 septembre 2017

10 septembre... день рождения


Nous Sommes nés tous les deux aujourd'hui
Tous les deux, toi et moi

Jetés au monde
ll y a des années
Plusieurs décennies.
Nous, toi et moi ; moi et toi
Nous sommes nés et nous avons grandi
Toi sur les rives glaciales de ce pays de neige et de gel. Amour
Et moi ailleurs, au loin sur les rives d'une obscure rivière. Haine
Si loin mais si proche !
Nous portons tous les deux les mêmes traces
De la guerre, de l'abandon et de la perte
Nous avons le même regard à ce qu'il parait et nos yeux de glace montrent l'abime du désespoir, de cette nostalgie et de cette peine de l'hier et de l'avant, sans regret mais sans véritable attente, même si demain sera meilleur ; à ce qu'il parait.Nous venons du même monde agonisant et moribond pour lequel nous gardons la même nostalgie, le même amour, la même tendresse.
Requ
iem
Tu es mon frère, mon jumeau, mon âme

Tu écris ce que je pourrai dire
Tu as mes mots pour mettre au jour ce que je pense, ce que je ressens et ce que je vis. 
Ce que tu penses et dis je pourrai le dire, l'écrire. Ta vérité est la mienne.
Toi seul a su trouver les mots pour décrire la terre d'Ardenne. Celle qui m'a adoptée. Toi seul en a décelé l'essence et le secret, a su percer son mystère sous la misère qui l'enveloppe, car elle nous ressemble.
Tu es moi et je suis toi !
Nous sommes mêmes et s
inguliers. Une singularité dans la différence qui fait que chaque être est unique mais se ressemble. Une sorte de double au même visage. 
Tu as cette colère et cette jo
ie qui éclatent sans prévenir ! ce rire et ces larmes qui font ce que nous sommes, les enfants désabusés, perdus dans le démesure et la cruauté, laissés au bord de la vie mais qui débordent de violence et de tendresse, d'amour et de colère. Nous sommes tout ça ! et ça nous sommes. ll faut que ce soit juste, rare, précieux, rigoureux, tant pis si ça fait mal, la vie ne fait pas de cadeaux, mais nous ne lui en faisons pas. Nous ne sommes jamais petits et tout est possible, même si on ne comprend pas. Pour nous la parole n'est pas qu'un mot, elle engage l'honneur. Nous sommes sans concession, ni pour nous ni pour l'autre, nous ne sommes pas pessimistes mais réalistes, même si parfois c'est pareil. La vie est comme elle est et c'est ainsi qu'il faut la prendre et l'aimer.
Nous sommes des survivants !
Les milliers de kilomètres qu'ils ont mis entre nous ne nous ont jamais séparés
Nous sommes le frère et la soeur, les mêmes : les âmes siamoises du bout du monde, inséparables pour l'éternité ! au delà de l'Oural, de la Volga et de l'Altai coule le même sang voguent les mêmes rêves, pleurent les mêmes larmes
Nous ne nous verrons jamais peut-être, mais nous sommes au delà de ça. Nous le savons, tu es là et je suis là.
Tes mots sont les miens ton silence m'habite
Notre
lien est indéfectible, indestructible, infaillible, notre force.
Nous avons nous reçu l'amour ; le seul et l'ultime : celui qui porte et advient dans la tragédie de notre vie ; celui qui a fait celui et celle que nous sommes.
Car nous sommes debout face à ce monde qu'on ne connait plus qui n'est pas le nôtre mais dont nous nous sommes affranchis dés notre venue au monde.
Nous sommes Toi et Moi, son enfant, son sang et son âme, elle nous a tout donné pour que nous soyons face à ce Réel cruel.
L'indestructible.
L'amour d'une Femme qui nous a transmis la langue, l'histoire et le mythe.
L'amour inconditionnel.

La Femme qui nous unit pour l'éternité.
Bon anniversaire mon Frère! Sois toi ! vis et longue vie !


Я люблю тебя

Br
igitte Dusch, historienne, psychanalyste.



jeudi 24 août 2017

Bien de la misère




Bien de la misère
Bien de la misère et bien du malheur ; il est rudement lourd le fardeau qu’il faut porter, il faut, car aucun choix n’est possible, c’est comme ça, bien de la misère et bien du malheur

Un poids dont on ne peut se défaire, dont on ne peut se délester, qu’on ne peut poser, jeter pour s’alléger. On aimerait pourtant ouvrir la valise pour la vider, pas totalement peut-être mais du moins en partie. Ca ferait du bien, ce serait moins lourd, plus facile à porter moins difficile pour avancer
Pour aller et venir sur la route, sur le chemin de cette vie qui semble pavée de larmes et de lames de fond qui vous submergent sans prévenir.
Ce n’est pas que c’est lourd, que le barda pèse ce n’est pas vraiment ce malheur là, car on pourrait peut-être ?
Ce n’est pas ça.
Ce fardeau là est dans la tête, dans le cœur et dans l’âme c’est ce même qui fout des coups à n’en plus finir, encore et encore sans jamais s’arrêter ! Alors comment s’en délester ? Est-ce une malédiction ce « mal dit » qui poursuit le sujet au point de le rendre fou… De douleur ? Est-ce une fatalité ? Fatum malin qu’on ne peut extraire avant qu’il n’ait distillé ses métastases et qu’il les ait ancrées au plus profond de la psyché ?
Tout ; tout est là pour rappeler que la douleur le chagrin et la peine sont les compagnons de misère sur tous les chemins de traverse qu’on tente d’emprunter jusqu’à l’Ultime destination. Car seule la Mort parait être la délivrance ; le Graal qui enfin  va libérer le sujet de son poids de malheur :
On l’espère, on le souhaite.
La Mort reste alors le seul espoir, le terme du chemin et du pauvre combat mené sans vraiment de succès ; cette minable lutte où on s’accroche, décidant d’un coup que cette fois c’en est bien fini que la coupe est pleine, qu’on ne se laissera plus avoir. On remet son titre en jeux et on remonte sur le ring ! Mais la vie est une garce qui ne laisse aucun répit, perverse maléfique tenant sa proie pour ne jamais la lâcher
On tombe, on se relève, brillant, fanfaron. Mais ça ne dure qu’un temps, vient alors celui où on courbe l’échine, car les coups sont trop forts, trop durs à encaisser, les meurtrissures trop nécrosées, les plaies ne se referment plus, les cicatrices craquent au moindre geste sourire ou larmes.
C'est auss
i la dernière bataille, le dernier combat d'où on ne se relève pas, car on ne peut pas, on ne veut pas. KO...
On déclare forfait et on gise sur le ring au milieu d'un brouhaha qu'on n'entend même plus. Puis malgré nous, nous voilà debout, encore !

Et le sujet moribond doit reprendre la route.


ll avance alors courbé, prendre les coups fait peut-être moins mal, le cœur lourd de malheurs et de misères, n’osant plus penser de peur de se briser les os, de rompre les veines et de se répandre, vieille flaque informe au milieu de l’univers sordide devenu sien. Et après ? Que peut-il arriver de pire, puisque le pire est là. Sauf que le pire est imprévisible et peut encore survenir pire alors qu’on ne s’y attend pas ou plus au détour d’une rencontre, retrouvailles ou entrevues qui auraient pu être heureuse !
Mais le bonheur n’est pas invité et ne s’invite jamais à la table du Commandeur.
Qu’on se le dise.
Alors il avance encore jusqu’à la délivrance, la mère Naissance qui le lavera des peines et allégera ses souffrances  enfin !
Courbé, rétréci, petit, bouffé par la vie, les rancunes et les rancoeurs de ceux qui pourtant il a aimé mais qui n’ont pas compris et l’ont accablé…
Pauvre laboureur ! pauvre manant ! pauvre passant !


Par le soleil ou par le mauvais temps, comme le petit cheval blanc, il s’en va sur son chemin de misère avec pour bagages reproches et dégoût en se disant qu’il lui faudra tenir jusqu’au bout ; que l’enfer est sur terre et que de l’autre côté, au mieux il n’y a rien au pire ça ne pourra être pire

Par le soleil et le mauvais temps, il avance, courbant l’échine, il en a b
ien du courage pour porter tout ce malheur ; toute cette misère !

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.

lundi 14 août 2017

Je voudrai

Je voudrai que le monde soit autre, soit autre que ce que les autres en font, ce que les autres et moi, puisque je suis aussi l'autre de l'autre et des autres
On est toujours l'autre de quelqu'un.
Autre soi même et autre de soi même aussi parfois

Je voudrai non que le monde soit meilleur mais soit autrement, soit différent
Soit différent et non plus indifférent
Car l'autre est indifférent pour l'autre qui lui est différent
Je voudrai que l'indifférence ne fasse plus la différence entre l'autre et l'autre
Que l'autre de soi même soit aussi l'autre de l'autre
Je voudrai...

Br
igitte Dusch, historienne, psychanalyste. ln "Les nouvelles d'Arsel".

lundi 17 juillet 2017

La tombe de l'enfant mort

 

 La tombe..............

Il ne va que rarement sur la tombe,
La tombe de l'enfant mort, l'enfant mort dans ses bras
L'enfant tombé au champ d'horreur de la vie
Pourtant la tombe est là,
Sous ses yeux sous sa fenêtre
Un pied de rose y fleurit...
Dés fois.
Il ne va pas sur la tombe, parfois seulement pour enlever les mauvaises herbes
Rares parfois
Alors il lui parle, lui dit des mots, quelques mots seulement, car il n'a que peu de mots, il n'y arrive pas.
Il pleure souvent parfois, sur l'absence, sur l'enfant, sur l'enfant mort dans ses bras, l'enfant parti trop tôt et trop vite, l'enfant qui l'a quitté un beau dimanche d'été
Il s'en est allé, comme ça.
Il ne lui reste plus rien, plus même le tee shirt plein de sang qu'il avait gardé longtemps
Le sang de l'enfant
Mort dans ses bras
Sur le coup sûrement, le choc tellement fort avait transperçé son petit coeur qui s'est arrété de battre.
Ce sang sur les mains, il s'en était couvert le visage
Sinistres et sombres peintures de guerre
Pour hurler sa haine et hurler sa peine
Cela fait trois ans maintenant que son enfant est mort, qu'il n'est pas vengé
Cela fait trois ans maintenant que son assassin vit paisiblement protégé par une société qui ne peut le dénoncer
Cela fait tant de temps qu'il essaie de dire, de crier, de hurler, d'assener une vérité que cette ville sourde ne veut pas entendre
Et pour le faire taire, le condamne, et le juge
Cet enfant n'est pas des leurs, cet enfant est étranger,
Sa mort ne représente rien, un détail dans la cité !
Son enfant est mort, il repose sous le rosier
Au fond de son jardin, il est là, pour l'éternité
Jamais et toujours sont des mots qui le hantent, les mots qu'il a gravé au fond de son coeur et de son âme !
Il ne sait plus s'il doit pleurer, se venger, crier ou oublier
L'oubli n'est pas possible ! Impossible et insensé
Alors parfois il s'asseoit sur le vieux banc, regarde le ciel et se dit que dieu, s'il en existe un peu a du l'oublier, il ne comprend pas pourquoi aprés lui avoir donné, soudain il lui a pris le seul enfant qu'il avait, le seul enfant qu'il aimait
Il se demande alors s'il pleure sur ce fils, ou sur sa peine, pas la douleur de la perte, mais celle des regrets
Il se revoit encore, se disant que ce fils, cet enfant n'était pas parfait, que son corps trop grand n'était pas celui qu'il espérait, qu'il ne ressemblait pas à l'enfant dont il avait rêvé
Et le voila qui se met à pleurer, encore et encore, pleurer parce que cet enfant, il ne l'a pas assez aimé !

Brigitte Dusch psychanalyste, historienne in "Les Nouvelles d'Arsel"

samedi 24 juin 2017

L'oubli

Alors  que tant veulent oublier, Elle, elle ne veut pas oublier, elle essaie tous les jours, à chaque instant, à chaque minute d'éviter d'oublier.

Elle est épuisée !

L'impossible mémoire, celle qui s'en va, qui fout le camp, qui n'obéit plus, qui ne revient plus
Ces mots qui restent sur le bout de la langue
Ces mots qui restent au fond de la mémoire
Ces souvenirs qui se sont fait la malle
Une malle scellée à tout jamais, jetée aux oubliettes.
Mémoire ?
La mémoire qui n'est plus, ou qui n'est plus que lambeaux, bribes, morceaux tronqués, br
isés, cassés, sinistres oripeaux...

"J'aimerai bien savoir, mais je ne sais plus," Elle ne sait même plus qu'elle ne sait plus
Vouloir réussir à se souvenir !
S'efforcer de ne pas oublier qu'il faut se rappeler.
Au début elle réussissait à se souvenir qu'elle allait oublier, que dans quelques minutes elle ne saurait plus, si elle avait mangé, s'était coiffée, brossé les dents
Alors elle s'arrangeait pour se souvenir à défaut d'oublier...
Pense bête !
Bêtes pensées.
Puis peu à peu, fatiguée de devoir se souvenir qu'il ne fallait pas oublier, elle a laissé tomber.
Elle a arrêter de chercher à emprisonner cette mémoire turbulente
Elle l'a laissé s'échapper, partir, s'envoler.
A ouvert la porte de la cage !
Une mémoire en fuite... Pour toujours à jamais...
Elle a cessée de lancer un avis de recherche
Elle ne sait plus. Elle ne sait plus depuis quand, depuis qui ?

Elle ne cherche même plus à savoir.
Un moment elle a tenté de faire semblant, il me semble que, je crois que...
Et puis elle n'a plus été dupe ! A quoi bon ?
Elle s'est alors laissé glisser, doucement, lentement, presque agréablement, comme si l'oubli devenait confortable, presque.
Ne plus savoir, laisser aller
Elle se souvenait d'avant, de bien avant, dans le temps, ce temps où elle était jeune et belle, où la vie était facile, où elle aimait, était aimée... Dans ce temps là, il était une fois !

Es war e
inmal

Elle pouvait relater toutes ces histoires, décrire le pont des Arts quand il l'a embrassé pour la première fois ce jour là !
Mais elle ne sait plus ce qu'elle a mangé ce matin, ni même si elle a pris son repas
Des gens viennent la voir, ils disent qu'ils sont ses enfants. Mais ils lui paraissent bien grands ! Ses enfants ? Oui, elle en a, mais ils sont petits, ils jouent dans le jardin, salissent leurs vêtements et ne font pas leur devoirs
Comment s'appellent-ils au fait ?
De ça elle ne se souvient plus non plus.....
Possible oubli de l'impossible, et parfois elle pleure, elle verse des larmes de douleur, car elle aimerait bien pouvoir se souvenir, se souvenir encore, encore une fois, avant de partir..


Partir quand il sera l'heure.

Br
igitte Dusch, psychanalyste, historienne. ln "les Nouvelles d'Arsel" bribes.

lundi 12 juin 2017

Violette a enterré sa mère.




Violette a enterré sa mère, elle était presque seule au cimetière, elle était seule pour « vider la maison «.
Violette ne pleure pas sa mère, elle a trop pleuré sur son chagrin à elle, celui de ne pas avoir été aimé par sa mère.
Violette a fait le deuil de sa mère depuis longtemps. Très longtemps.
Violette pensait en avoir fini avec sa peine,  sa douleur,  ce manque d’amour. Là. Elle pensait avoir fait la paix avec sa mère, avec elle-même, avec son enfance, avec sa vie. Etre qu
itte.

Violette s’était même persuadée que sa mère l’aimait, l’avait aimé à sa manière « en ce temps là les parents ne manifestaient ni leur amour, ni leur tendresse ». Cette idée là rendait tenable sa vie, lui permettait de tenter de s’aimer un peu. Elle s’était apaisée, avait pardonné l’abandon, la différence, l’indifférence, l’absence de regard. Le tout. Le rien
ll n’y avait presque personne ce jour là, un jour d’hiver sinistre, froid, pluvieux, pas de famille, quelques femmes de ce village perdu au fond d’une campagne d’un autre âge ;  Dans ce cimetière où reposent depuis des siècles les corps laissés là, au gré du vent et de la neige, oubliés, car plus personne ne vient, ne vient plus. Seules les vieilles nettoient les tombes tout en se racontant les dernières nouvelles, elles mettent des fleurs, époussettent, puis font le tour de ce jardin singulier en égrainant leurs souvenirs et remarques « c’est y pas malheureux de voir ça ! la tombe, y a
pu qu'des éronces, ; les enfants ces manches à rin s'en occupent pas, les manoqueux ». Qui en effet vient perdre son temps pour fleurir un carré de terre aujourd’hui ?



Violette n’a pas de peine, elle fait son devoir de fille, dévouée, elle l’a été, aides à domicile, passages réguliers, maintien à la maison comme sa mère le souhaitait ;  Elle rentre à présent dans cette maison qui lui est étrangère pour nettoyer, jeter, emballer, ranger, faire le tri, de ce qu’a été la vie de cette femme, de cette presque inconnue. De sa mère.

Dans un tiroir, elle trouve au milieu d’un fatras, des cahiers, des lettres, des feuilles éparses, des fragments de poèmes, de mots… Elle n’ose regarder, lire. Doit-elle pénétrer cette intimité ? Elle feuillette néanmoins et au fil des lignes voit se dessiner son nom… non ce n’est pas Violette, mais Violaine… lntriguée elle lit…
Violette a ouvert la porte, aurait-elle du ? Là n’est pas la question, elle a ouvert la porte. Il lui faut aller jusqu’au bout. Elle lit, debout. Tremblante.

Sa mère, « cette femme » dit-elle a écrit sa vérité ; la vérité. Elle écrit ne pas aimer cette enfant, cette Violaine pas désirée, pas voulue « elle a brisé ma vie, je n’en voulais pas, je n’en n’ai jamais voulue »…. « Ce fardeau, ce poids qui ne voulait pas partir…. » « Elle était là, je l’ai caché, je ne voulais pas de cette abominable chose»… des mots forts, violents… « Si elle avait pu partir… «  Toute ma vie gâchée fichue, j’aurai pu faire tant de choses… «  « elle sa vie ! la voir est une épreuve…. » «  On me l’a retirée… je l’aurai peut-être tuée qui sait ? » « mais elle ne voulait pas mourir, malgré moi, «  je ne crois plus en dieu il m’a infligé ce fardeau »…  « Elle m’a emprisonnée, cette enfant a été mon tombeau ». Des lignes et des lignes…
Violette n’est pas effondrée ;  Violette est soulagée, confortée, rassurée. Elle sait qu’elle ne s’est pas trompée, qu’elle a toujours su. Enfin : la Vérité.

Puis : «  ce n’est pas Violette, mais Violaine, cette petite fleur c’est trop beau pour elle ; cette vilaine ne mérite rien, je ne l’aurai d’ailleurs pas appelée, je n’avais pas de nom pour elle.. Puisque je ne voulais pas d’elle »
 
……………….. C’est la sage femme qui l’a appelée………………..  Violette… 

C’est joli. Violette a toujours su que quelque chose clochait, que son prénom sonnait faux dans la bouche de « cette femme/mère mais pas de moi » Je suis sa viol haine, elle n’est pas de moi ma mère, et ça me fait du bien. Je vais enfin aller, advenir.
Violette n’a pas d’enfant, n’a pas fait d’enfant.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne.

vendredi 2 juin 2017

La langue de la mère morte


La langue
ll y a la langue, la langue de la mère morte, celle de sa mère avant elle, et de la mère avant elle : la mère morte.
ll y a cette langue dont les bribes me parviennent et murmurent à mes oreilles, cette langue que je n'ai jamais apprise, puisqu'elle est là.  La langue de la mère morte n'est pas morte, n'est jamais morte. Ne sera jamais morte car elle ne peut pas mourir.
Nous portons en nous la trace de la langue avec le souven
ir de la mère morte et sommes garants de leur immortalité.
Passer et transmettre, la langue et le reste.

Nous portons la trace, immense cicatrice en creux de la vague de la mémoire. Cousue au fil du temps elle traverse les champs du souvenir et se grave au fond de notre âme.
Elle adv
ient au monde en même temps que nous et revit avec notre premier cri, la langue de la mère morte.
Elle peut être enfou
ie au fond d'un inconscient qui nous joue des tours au détour de la langue de tous les jours. Alors elle revient par bribes, notes et sons, nous ne savons pas vraiment de que c'est, mais c'est, c'est là, profond et on baigne dedans, ça s'accroche, ça colle, et nous n'y pouvons rien.
Nous pouvons tenter de lutter, de comprendre, de ra
isonner, mais elle résonne tant et si bien qu'elle s'impose. Elle est là, et tout, ou presque tout revient


ll faut bien en faire quelque chose de la langue qu'on croyait morte comme la mère !  un fantôme ? non .Ombre qui plane, qui nous entoure et nous protège peut-être pour nous rappeler d'où on vient : de la mère morte et de sa mère morte et de toutes les mères mortes que portaient la langue et qui les portait.
Et nous sommes là, abandonnés sur la plage de ces mères mortes, nous sommes là avec cette pet
ite voix qui à tous prix veut se faire entendre.

Même en fa
isant la sourde oreille, nous ne pouvons la faire taire, c'est le bruissement d'un ruisseau qui coule dans nos veines et nous nourrit avant que nous ne devenons la mère morte qui transmettra la langue
.............................................................

Eternelle

Br
igitte Dusch, historienne, psychanalyste.



mercredi 17 mai 2017

Requiem pour les Sales Vieux

Brel les a chanté, leur a rendu un hommage juste et tragique.

Les v
ieux, ll y a aussi les presque vieux, ces parents, pas si âgés, mais encombrants, ceux dont on ne sait que faire mais qui sont là, peut-être encore longtemps ! Désespoir !
Ce n'est pas qu'on voudrait les voir disparaitre, pas encoren bien qu'avec l'argent qu'ils laisseront peut-être (si ces vilains vieux n'ont pas dilapidé le tout pour le confort de leur vieux jours) leurs enfants ingrats pourront construire la piscine de rêve, le voyage convoité ou solder leurs dettes !
ce n'est pas qu'ils voudraient les voir morts... mais vivants pas encore tout à fait morts ils sont quand même bien encombrants ces vieux qui ont le culot, l'arrogance de vouloir encore quelques égards, quelques regards !
Oh je ne parle pas de l'argent qu
'il faudra tôt ou tard dépenser pour leur permettre de se faire maltraiter dans une maison de vieux hors de prix et d'humanité, ( la conscience elle aussi a un prix,) mais de ce temps qu'ils ont encore l'indécence de leur réclamer, de leur quémander .
Non ma
is ! les enfants, jeunes ou moins, jeunes adultes, parents eux aussi d'une progéniture qui dévore leur liberté ont une vie à vivre ! et pas le temps de s'occuper de ces vieux qu'ils n'ont plus guère envie de voir, sauf dans certaines occasions, ça peut encore servir.. pour garder les enfants par exemple, prêter un peu d'argent, se porter caution...

Sord
ide ? oh non. Réel. Hélas !

"Je ne veux pas la déranger, alors je ne téléphone plus , d'ailleurs elle ne décroche jamais, au début j'ai laissé des messages, en vain, alors je ne téléphone plus. Elle doit être bien occupée"

Tellement qu'elle ne s'
inquiéte pas de ses parents !

"ll n'y a plus de temps pour nous, c'est que la vie ça file, alors plus de place pour les parents, pourtant nous ne sommes pas loin à peine 100 km"
Une d
istance infranchissable !

"Je n'ai pas vu ma petite fille depuis presque deux ans ! elle va en avoir trois, je ne pourrai pas encore l'embrasser pour son anniversaire. Je ne sais pas si je suis triste, en colère, si j'ai de la peine. Un peu de tout ça sans doute !'

Oui sans nul doute, et c'est naturel

'"Cette année je n'enverra
i ni carte, si texto ni rien ! de toutes façons aucune réponse alors basta !'

En effet que faire d'autre

'Une année sans nouvelle de notre f
ille et de notre petite fille, nous avons bien cru en mourir ! car nous sommes malades, pas si vieux mais notre santé est fragile, nous avons fait une demande de conciliation, car nous voulions entamer une procédure pour avoir un droit de visite;. nous avons eu quelques photos de la petite, sans doute pour montrer au juge, mais nous ne la voyons pas !'

"Ma f
ille est avec un homme qui lui interdit de voir ses parents : elle a choisi"

"J'aurai bien aimé avoir du temps avec mes petits enfants, vous savez, je ne les connais pas"

"Ma f
ille vit plus avec le père de son enfant, il se le partage, un week-end sur deux, enfin plutôt un week end avec elle et l'autre avec les parents du papa, ils le voient souvent et ça leur pèse, nous ne le voyons jamais et ça nous rend bien malheureux mais il n'y a pas de place pour nous, peut-être si nous donnions une pension alimentaire nous aurions quelque droit ?"

Comb
ien de mots pour dire ces maux ?
 

Ah ces vieux qui se plaignent tout le temps, qui ont trop (ou pas assez ! c'est encore pire, car les enfants se sentent obligés ?) d'argent, trop de temps qu'on ne taxe pas assez, qui sont partout ! ah ces sales vieux il faut encore qu'ils nous pourrissent la vie ! en voulant nous parler, nous voir, nous téléphoner, nous inviter le dimanche ! mais ils se prennent pour qui ? Pour penser que nous, tant occupés à travailler dur toute la semaine pour payer leur retraite on a envie de les voir se pavaner ?Mais il y a encore les vieux qui travaillent et qui ne peuvent être disponibles pour s'occuper des petits enfants ! ceux sur lesquels on ne peut pas compter ! Sales vieux !

lls ne sont jama
is là où on les voudraient ! On ne les veut pas ; on n'en veut pas.

Car oui, ils ne veulent pas déranger, n'osent plus appeler, n'osent plus demander et à force finissent par s'effacer avant même d'avoir cessé d'exister. Oui, il n'y a plus de temps pour eux, plus de place ni dans leur vie ni dans leur coeur. Oui, ils ne servent plus à rien, on n'a plus besoin d'eux, surtout s'ils n'ont plus rien à donner en services ou en argent ! Oui ces ingrats n'en n'ont que faire de leur amour, de leur tendresse, de leurs caresses. Oui, ils ont oubliés ces nuits où leurs sales vieux ne trouvaient pas le sommeil, pour les veiller, les soigner, le temps donné pour leur apprendre à être des adultes. Oui, ils en ont marre de voir ces vieux devenir plus vieux, oublier les mots, les choses, à radoter parfois lorsqu'ils se souviennent ! Oui ils ont honte d'eux si par hasard leurs sales vieux retombent amoureux ! quelle indécence, honte à leur âge quand même ! Oui ils ne veulent plus voir ces visages ridés, ces cheveux blancs camouflés sous des teintures, et ces efforts pour rester dans le coup ! Oui ils ne veulent pas donner quelques précieuses minutes de leur temps plus précieux encore pour répondre au téléphone ou simplement leur faire un baiser.

Un jour ces sales v
ieux seront morts ! Ces ingrats auront le culot de les pleurer et peut-être de les regretter ! La conscience a un prix... Celui du regard de l'autre qui ne vaut pas mieux mais qui se permet de juger. lmbéciles de jeunes !
 Vous serez vous auss
i bientôt de sales vieux et ça me fait rire, vos enfants seront sans doute plus cruels et plus prompts à vous placer dans ces maisons pour sales vieux vous jugeant trop déments "c'est pour ton bien maman, je serai plus tranquille" que maman soit bien n'est pas la question, peu importe ! il faut que cet idiot de jeune soit rassuré ! Petit ingrat qui n'a pas honoré ses père et mère. Honte à toi !

Pauvres sales v
ieux ! que nous sommes ou pas encore  nous ne servons plus à rien, et nous sommes là penauds avec notre amour, notre tendresse, notre envie de vous voir être. On en fait quoi de tout ça ? Dites nous petits ingrats : on en fait quoi ?


Br
igitte Dusch, historienne, psychanalyste
 A tous ces "sales v
ieux".
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Nota bene

Ce blog relate des bribes, des vies en respectant l'anonymat, ce l'éthique et la déontologie de ma fonction
Les événements, initiales, lieux, histoires... sont modifiés.

Il s'agit d'illustrer des situations, un concept, une problématique, un questionnement donnant lieu à une réflexion.
Ainsi toute ressemblance, similitude serait donc purement fortuite.

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