Psychanalye Aujourd'hui

Le blog de Brigitte Dusch psychanalyste historienne

Accompagner le désir d'être Soi
Le sujet humain est singulier, son histoire est unique, l'analyse lui permet de partir à sa rencontre et de tisser les liens, de prendre rendez-vous avec soi.

"J'accepte la grande aventure d'être moi". Simone de Beauvoir

Mon livre : "j'aime ma vie"

dimanche 18 janvier 2015

Maux de mots

"Les mots font mal pas de les entendre mais de les dire...
Les mots je ne les trouve pas, pas vraiment, pas exactement, pas le bon, pas celui qu'il faut.
Les mots je ne m'en souviens plus, je ne sais plus comment on dit, ou on devrait dire,
Les mots, ils s'envolent, je les perds, je les oublie, c'est comme ça, je n'y peux rien !
Les mots c'est des maux, c'est pour dire j'ai mal, alors je préfère les taire, mais pas me taire, alors j'ai mal, mal dans mon corps, mal à mon corps, c'est peut-être plus simple ?
Les mots, longtemps je n'ai pu les laisser aller, hors de ma bouche, hors de mon corps, hors de moi, en dedans, ils restaient là, bien cachés, tout au fond, comme coincés.
Les mots ? Vous croyez qu'il faut vraiment les dire, les vrais ceux qu'on pense, qui ne sont pas beaux, les mots gris, gros et moches ?
Les mots, les gros mots, ce sont eux qui me viennent, ils ne sont d'ailleurs pas si gros que ça, ils sont fleuris, ils sont lourds, ils font du bruit, comme des merdes qui tombent, c'est le bruit, le choc des mots et c'est jouissif. Ou jouissant ? Je ne sais pas, les deux peut-être. Enfin, bref ça fait du bien (éclat de rire).
Les mots doux qui ne le sont pas tant que ça, sucrés, salés, piquant, je te pique et tu me piques, tu fais mal, mais je peux faire pire avec la langue, la langue des mots, celle qui blesse, la langue sexe, la langue sexuelle qui touche sa cible et ne la rate pas. la langue qui pique, langue à la sauce piquante !
Les mots d'enfant, na, ra, minou.. (rire) minou ! mot d'enfant ? Comme les sucettes à l'anis ou pas, ça m'a toujours fait rire, play a joke !
Les mots en toutes les langues, je les assemble et les colle dans un discours incohérent pour les autres, mais qui prend tout son sens pour moi, car les autres, ces mots les emmerde et cela me plait bien à moi de les emmerder comme ça, avec mes mots à moi, mon monde à moi.
Merde, c'est un mot que j'aime bien, un mot que j'emploie souvent, ça résume bien ma vie, finalement, ou la vie tout court, c'est une merde, nous venons comme de la merde et finissons en merde... Ah non, en poussière, mais finalement c'est pareil, merde tu es, merde tu finiras. C'est comme ça !
J'aime les mots, justes, précis, le mot, avec ce le défini, celui qu'il faut exactement, à cette place dans cette phrase, il faut que le mot s'emboite comme une pièce de puzzle, qu'il vienne se mettre là tout bien à sa place. Et c'est moi qui ait ce pouvoir. De l'y mettre ou pas
Le mot qui bouche le vide, qui le remplit, parler pour ne rien dire, pour ne pas sentir ce vide, ce blanc pas supportable, même pour dire des conneries, je parle, je mets des mots partout.
Mot, cailloux, pour baliser la route, pas perdre le nord, mots boussoles.
Je joue avec les mots comme je joue aux échecs ou au carte, je suis le maître des maux et des mots, et du jeu, je fouette les mots, fouette cocher et cours jusqu'à en crever, ton dernier mot sera ton dernier souffle, d'ailleurs je pense souvent aux derniers mots de mes derniers maux.
Les mots de la folie, ceux qui tournent en boucle dans mon pauvre ciboulot malade, pauvre tête qui était bien remplie et qui se vide comme une vieille gamelle, je suis bon à foutre en l'air, foutre mots. foutage de maux, foutre, c'est drôle ça, foutre ? en l'air, s'envoyer en l'air et y rester, une belle fin.
Mots de la fin et de la faim, ne rien bouffer, ne rien avaler car ça ne passe pas, ça reste en travers, au travers et ça barre le passage. Je n'y peux rien, je n'y veux rien, et surtout pas mettre de mots là dessus, ils seraient indigestes.
Je ne dirai plus rien, je la fermerai, à chaque fois que je l'ouvre et que je dis ce que je pense c'est le drame. Tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous, vous voyez ?"

Mots dits, retenus, lancés, balancés, vomis, hurlés, vociférés, criés dans un sanglot, dans un soupir, mots qui soulage du mal qui au pluriel devient l'homonyme, le mot nymos. l'homo nyme de ce qui est dit, le sera, ne le sera pas, pourrait l'être, pourrait ne pas l'être, le sera ou ne le sera pas
Dire des mots, ne pas les dire est difficile est complexe, on ne parle pas pour ne rien dire, même si ce rien est déjà beaucoup. On parle pour dire ou ne pas dire, on dit ou on ne dit pas pour ne pas parler des mots qui sont là au fond de l'âme, toile de fond du bonheur, de la souffrance, de la joie ou de la douleur, on les lance sur du papier ou à la cantonade et on les chante aussi parfois pour ne pas les pleurer ou les vomis. Les mots vomis, gueulés et dégueulés à la face de l'autre pour ne pas être transparents, pour être tout simplement, un peu comme si le mot faisait vivre, comme le mal, un peu comme si le mot animait l'âme morte, au fond du trou. Mais qui ne dit mot consent ? Rien n'est alors moins sûr, ce mot, retenu, ou qui s'arrête au seuil de la porte sans en pouvoir franchir le pas, retenu dans le filet ou dans le sas pour être filtré peut-être ou tu, tué.
Mot, mots dis, mal dit, maudit. Male diction, bene diction. Diction. Dire.
Je te dis, tu me dis, on se dit. On parle, on cause, on échange, on partage, on vit, on se lie, on se délie, on se noue, on se dénoue.
On parle.

Brigitte Dusch, psychanalyste, historienne

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